Oh que c'est beau! Que c'est attendrissant! Et surtout comme c'est sincère!
Oui, une fois de plus, les mondes médiatique, politique, intellectuel battent le rappel, pour condamner les exactions commises par le régime Chinois dans la province du Tibet. On en appele même au Président de la République, à qui on demande de ne pas assister à la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, histoire de ne pas cautionner ce que les Gardes rouges font subir à une armée de kamikazes vêtus de djellabas orange et chaussés de sandalettes.
Que c'est courageux cette mobilisation pour défendre les droits de l'homme contre la barbarie et l'arbitraire d'un monstre chinois qui sait allier stalinisme politique et ultralibéralisme économique!
Allez, regroupons-nous tous derrière Bob Ménard, cet Albert Londres des temps modernes, qui du haut de sa superbe, nous guide vers les chemins de la lumière contre les ténèbres qui s'épanouissent de l'autre côté de la Muraille de Chine!
Pour manifester notre désaprobation contre la fourberie chinoise, organisons des concerts, aroborons des badges subversifs, enfilons nos t-shirt revendicatifs, et prenons-nous les mains dans une grande farandole!
Voilà, à quoi on vous somme d'obéir au nom de la morale et de l'éthique, pour condamner les méchants chinois qui oppriment les gentils moines tibétains. Car, vous citoyens responsables et révoltés par l'irrespect de la personne humaine, vous DEVEZ vous insurger contre de tels pratiques répressives.
Enfin, vous DEVEZ, jusqu'à la prochaine révolte séparatiste dans le monde écrasée par un régime autoritaire, gageons que les tchétchènes, darfouris et birmans seront se faire pendre haut et court avant le début des Jeux Olympiques. Il faudra alors organiser de nouveaux concerts, imprimer de nouveaux t-shirts, et concevoir des nouveaux badges. Tout un travail, de savoir s'indigner!
Ce climat de tartufferie générale a de quoi faire vomir. Sûr que le sort des tibétains a de quoi nous révolter, et que nous aimerions bien voir en Chine, un régime arrêtant de faire couler les bonzes. (Désolé trop fastoche)
Mais ce que nos professionnels de l'indignation omettent de dire, c'est que les premiers à souffir de la ditacture chinoise sont les chinois eux-mêmes. Les miliers, voir les milions de Chinois qui se sont échinés à construire les stades et les infrastructures pour que les athlètes sous corticoïdes du Monde Entier puissent battre les records sous l'oeil des caméras, n'ont pas eu le droit de jouir de jour de repos, et de couverture sociale. La Chine a recours à la peine de mort, et à l'embastillement pour ses dissidents, pour la plupart non tibétains, n'en déplaise aux ressortissants de l'Intellegensia médiatique. Parle-t-on en France, et ailleurs, de ce que recensent des Chinois et des organisations défenseuses des Droits de l'Homme au péril de leurs existences? La négligence du régime en matière sanitaire, ayant contribué à une propagation inouïe du virus HIV dans des populations jusque là étrangères à la pandémie? Le sang contaminé n'émeut pas, pas plus que les dégats environnementaux que l'industrie fait subir à de nombreuses régions! Et, parle-t-on des révoltes à caractère social, quasi-quotidiennes dans l'Empire du Milieu, mettant en scène paysans affamés contre miliciens sanglants? Non, silence radio, seul le Tibet intéresse, les bobos friqués aimant l'encens, et qui baignent depuis leur jeunesse dans un oritentalisme béat, préfèrent verser des larmes aux rétrogrades moines tibétains. Indignation sélective, quand tu nous tiens!
D'ailleurs, dans nos pays épris de justice et d'humanisme gluant, on n'appele qu'au Boycott de la Cérémonie d'Ouverture des J.O, pas au boycott total de cette mascarade planètaire, où sont mises en exergue les valeurs de compétion et de concurrence entre les peuples, sous couvert d'un prétendu esprit olympique, théorisé par cette crevure réactionnaire et mysogine qu'était le Baron Pierre de Coubertin. Non, si nous boycottions les jeux en entier, des milliards et des milliards de devises ne rentreraient dans les caisses des sponsors, des fédérations sportives, et des entités médiatiques couvrant l'évènement.
Ce serait suicidaire de ne pas faire profiter à des actionnaires toujours plus gras, des formidables retombées économiques de ce genre d'évènements hautement lucratifs. D'ailleurs, de nombreuses entreprises occidentales sont implantées en Chine, collaborant parfois à la politique répressive du régime chinois, en fournissant armes de pointes, satellites chargés de contrôler la population depuis les étoiles, et technologie nucélaire.
En appelant au Boycott partiel, les occidentaux cherchent ainsi à racheter leurs pêchés, à se donner une bonne conscience, chose dans laquelle ils sont les maîtres.
Imaginons maintenant, qu'une quelconque ville américaine se soit vu attribuer l'organisation des J.O cette année, nos intellectuels médiatiques à la larme facile, auraient-ils appelé au boycott des jeux en raison de la guerre illégale, meurtrière et chaotique se déroulant en Irak depuis cinq ans? Auraient-ils refusé, entre deux orgies de caviar, à regarder sur leur écran plasma, la cérémonie d'ouverture, sous le prétexte légitime, que l'Oncle Sam n'a toujours pas ratifié le protocole de Kyoto, accélèrant ainsi le dérèglement climatique à l'échelle mondiale? Certainement, non, car comme nous le professent depuis des années, des gens comme BHL et autres pensionnaires du Café de Flore, la critique des States est néfaste, car elle conduit à se rallier à ses pires ennemis, Ben Laden et tutti quanti. Bah voyons!
Et imaginons toujours que la France se soit vu attribuer l'organisation des jeux, aurait-on vu des manifestations internationales condamnant l'ingérence de notre pays dans les affaires africaines, la caution éhontée que la République apporte depuis plus de quarante longues années à ces "Caligula des Tropiques", tels Omar Bongo, Idris Déby, Sassou N'Guesso, Faure Gnassingbé, et j'en passe, la liste est malheureusement trop longue.
Sur ce, je vous laisse réfléchir, j'ai un plat de nouilles sautées, du boeuf aux oignons, et un verre de Saké, qui m'attendent au coin de la rue.