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Sermon du week end (bis)

Que ça soit sur Youtube ou Dailymotion, c'est toujours la même chose. Je tape "Un singe en Hiver" pour visionner des extraits du film d'Henri Verneuil aux dialogues signés par Michel Audiard. Et dans les résultats de la recherche, s'affichent en premier lieu les clips d'une chanson d'Indochine, la plupart du temps réalisés par des fans qui ont des difficultés à se servir d'une caméra.

La chanson "Un singe en hiver" figurant sur l'album Paradise d'Indochine est agréable à l'écoute. Une prouesse réalisée par Nicolas Sirkis & Co, sur des paroles du barde auvergnat Jean-Louis Murat. Je crois bien que c'est le seul morceau du groupe avec l'Aventurier (Bob Morane pour les ignards) que je peux écouter et chantonner, tant le reste de leur discographie est d'une indigence poussée à l'extrême.

Indochine c'est pas si nul, le plus gros défaut de ce groupe s'incarne dans ses fans. Des gothiques avec des rats sur l'épaule, des suicidaires en puissance, enfin plutôt des minettes qui tentent de s'ouvrir les veines avec un couteau à beurre. Des filles qui se cherchent, pas sûrs d'être lesbiennes, mal maquillés et fringués comme des sacs poubelles, dans leur espèce de grande cape en skaï. Tableau de fan incomplet, il n'y a pas que des idiots, il y a aussi des gens honnêtes qui aiment ce groupe, mais comme tous les gens honnêtes, ils ont aussi leurs faiblesses.


Revenons à Michel Audiard, et à ce film de 1962, avec Gabin et Belmondo. Adapté d'un roman d'Antoine Blondin, cette oeuvre est une ode à l'alcoolisme. Pas la cuite bas de gamme, comme la pratique les fans d'Indochine, mais à l'éthylisme lyrique. Comment cela se traduit, me demanderez-vous, bande de buveurs d'eau ? Le goût de la nostalgie, et des voyages, dans des contrées magnifiques, qui alimentent les fantasmes les plus sensuels. L'Indochine, et son fleuve jaune, le Yang Sé Kiang, Madrid, et la Puerta del Sol, évoqués autour d'une bonne bouteille de Beaujolais, ou d'un verre de Calva, ça a pas des allures lyriques, peut-être?

Je me délecte de ces images, où le vieux Gabin, narre comment en Chine, à l'arrivée de l'Hiver, les autochtones conduisent les petits singes traînant dans les villes, dans les trains allant vers la montagne, car ces populations croyant que les singes ont une âme, s'efforcent de les aider à retrouver leur famille.

Et c'est là, que je me pose une question. Le fan d'Indochine (le groupe) suceptible de tomber devant ces vidéos, comment peut-il réagir? Peut-il être sensible à la verve d'Audiard, au jeu fou de Belmondo, et à la mélancolie profonde qui habite les personnages du film? Sans doute, préfèrera-t-il, s'extasier devant Requiem for a Dream, film de toute une génération, preuve qu'elle ne vaut pas grand chose, et qu'on a rien à espérer d'elle.

C'est ça notre malheur. Nous sommes cernés, par les lecteurs de Public et Closer, au voyeurisme facile, et totalement étrangers à toute forme de poésie, de lyrisme, et de délicatesse. Nous sommes cernés, comme mes yeux à l'heure où j'écris, par des crétins préférant perdre leur âme et fondre leur identité dans un groupe où ils auront tout loisir d'être bizutés à outrance.


Pourquoi ce propos décousu aujourd'hui? Parce que j'essaie de trouver en quoi cette génération dont je fais partie peut-elle être considérée de manière positive.
Les générations qui nous ont précédés, portaient en elle une violence terrible, un conformisme glaçant, ou des utopies désuètes, mais avaient au moins des idées et de la contenance. La nôtre, à l'heure des boulversements climatiques et sociaux laissant présager des catastrophes sans précédent mais rigolotes, a tout à réinventer. Le cherche-t-elle vraiment? Ne n'est elle pas déjà diluée dans le consumérisme le plus abject et la fatalité devant le sort du monde?

Rêves de carrière et d'argent faciles, et après? Le déluge?

C'est pourquoi je vous invite, à effectuer une véritable mission civilisatrice auprès des brebis égarés!

Repeignons le monde, et donnons lui une couleur tendre! On va installer le printemps sur cette planète de merde!

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# Posté le samedi 28 juin 2008 08:55

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