Lettre à un meldois

Lettre à un meldois
Connaissez-vous Jean-François Copé, dit "l'aiglon de Meaux"? Il me fait marrer moi, avec toute cette morgue d'aristocrate qu'il tente de dissimuler derrière un côté "proche des gens". Figurez-vous que le chef des députés UMP s'est illutré récemment en parlant de Besancenot comme "un Lepen de Gauche", du mois un danger potentiel car ce dernier a rencontré il y a quelques jours Jean-Marc Rouillan, un ancien membre d'Action Directe.

Action Directe ça vous dit aussi? Je suis sûr que nombre d'entre vous suivent l'émission "Faîtes entrer l'accusé". Un programme télévisé diffusé sur la deuxième chaîne et qui revient sur les grandes affaires judiciaires françaises de ces dernières décennies. Et bien, l'émission est revenue il y a quelques temps déjà sur le parcours des membres d'Action Directe, groupe révolutionnaire d'ultra-gauche, qui s'illustrèrent dans les années 70-80 en commettant divers attentants, avec comme actes d'éclats les assassinats de Georges Besse, Pdg de Renault, et du Général Audran, chargé des ventes d'arme de la République Française.

Dans ce programme, où le présentateur Christophe Hondelatte se plaît à promener son brushing et son blouson de cuir sur les bords de Seine à la nuit tombée se prenant presque pour un personnage de privé tout droit sorti d'une mauvaise série B, tandis que des dizaines de larbins s'échinent à lui faire ses fiches dans les sous-sols de France Télévisions, on présentait les membres d'Action Directe, comme des terroristes de la pire espèce. Ces derniers, à leur procès, affichèrent mépris et dédain envers leur juge et la partie civile, avant d'écoper de peines lourdes. Des gens peu fréquentables et difficiles à défendre, voilà en gros la morale du programme, que vous pouvez visualiser sur Dailymotion, s'il n'a pas encore été retiré par les modérateurs du site.

Un des derniers survivants du groupuscule, Jean Marc Rouillan, bénificie aujourd'hui d'un régime de semi-liberté. La journée, il travaille dans une maison d'édition, et le soir, il retourne dormir en prison, où il peut goûter toutes les joies de la vie carcérale. Par ailleurs, Rouillan a publié de nombreux livres, revenant sur sa vie en prison, et force est de constater pour ceux qui l'ont lu, que c'est un bon écrivain, du moins il est difficilement possible d'être insensible à sa description des geôles de la République Française.

Le bonhomme a rencontré Besancenot, présent à Marseille, dans le cadre d'un meeting pour la création de son futur parti anticapitaliste. La presse a relevé la présence de l'ancien terroriste et de son intérêt pour la démarche du facteur le plus populaire de France. "Horreur!", un homme qui a du sang sur les mains, aux côtés d'Olivier Besancenot! Voilà comment les détracteurs du futur NPA, entendent agir, en voulant démontrer que l'extrême gauche française n'éprouve pas de remords à accueillir en son sein des hommes qui ont été condamnés pour homicides par la Justice.

Voilà ce qui a sucité l'indignation de Copé, qui a ainsi cherché à démontrer que Besancenot et ses acolytes sont des violents, le couteau entre les dents, prêts à tout faire péter dès qu'ils en auront l'occasion.

Cher Jean-François, loin de moi l'idée de tisser une couronne de lauriers à Rouillan, mais aux yeux de la loi et de son statut actuel, ce dernier est en passe d'avoir payé sa dette à la société qui l'a condamné. Et puis Besancenot, préferera toujours essuyer ses fesses sur le canapé de Drucker que d'acquérir des armes pour faire couler le sang en France. 1-0, continuons notre brillante argumentation.

Si la présence de Rouillan aux côtés du leader trotskyste peut laisser à désirer, la plupart des partis politiques ne sont pas non plus exempts dans les relations parfois incesteuses qu'ils ont pu entretenir avec des personnages ayant fait carrière dans l'illicte et l'illégal. Ta famille politique, Monsieur le Maire de Meaux, a notamment fricoté durant de longues années avec le S.A.C, (Service d'Action Civique) une organisation paramilitaire créee par de Gaulle, pour prévenir à tout tourbillon bolchévique en France et aussi pour maintenir les bâtards du Général au pouvoir. Depuis 2002, les partis politiques sont financés publiquement, avec l'argent des contribuables, et la transparence doit guider toute acquisition de moyens, afin de prévenir tous liens incestueux avec des donateurs mal intentionnés. Avant cette loi, certains partis politiques dont le RPR, héritier de l'UDR, ont souvent acquis des fonds de manière illégale avec le concours de personnes parfois fichés au grand banditisme. Le S.A.C a recruté en son sein, des gangsters notoires, pour que les partis gaullistes ne manquent pas de subsides, et puissent être en bonne santé financière. Pour ce, les voyous affiliés à cette assiociation n'ont pas hésité à braquer des banques, racketter des personnes et des entreprises. Et on ne s'empare pas de magots avec des fourchettes en plastique ou avec ses petits poignets, mais en étant armés, et en hésitant pas à faire feu face aux éventuels récalcitrants.

Le S.A.C fut dissous en 1982 par les socialistes alors au pouvoir. Un an auparavant, à Auriol, des membres de l' organisation avaient sauvagement assassiné un de leurs chefs de la région Provence, qu'il suspectait de détournements des fonds de l'association, sans omettre de tuer toute sa famille au passage. Une tuerie révélatrice, des méthodes que pouvait entreprendre les jusqu'au boutistes du Gaullisme, et des membres du commando exterminateur d'Auriol, avait même assuré la protection du candidat Chirac, aux élections de 1981.

Alors, si Rouillan a du sang caillé sur les paluches, et que Besancenot ne trouve rien à y redire, on peut s'en indigner. Mais en matière de coups tordus, d'acoquinement notoire avec des barbouzes, et des personnages sulfureux, la droite n'a pas de leçons à donner aux trotskystes français.
De même, est jugé en ce moment à la Haye, au tribunal pénal international, Ante Gotovina, général croate accusé d'avoir commis des meurtres de masse, durant la guerre des Balkans. Ce riant personnage, ancien légionnaire dans l'armée française, avait tisssé des liens lors de son passage en France, avec des canailles d'extrême droite dont il assura la protection, comme Jean-Marie Lepen. Pourquoi ne revient-on pas sur cette amitié, du moins sur ces liens discutables, entre le chef du Front National et Gotovina? Faut-il mieux fréquenter un ancien terroriste gauchiste, ou une personne suspectée de crime de masse dans un conflit éminement meurtrier?

Sur cette ultime question, je te laisse répondre Jean-François.
[ Aggiungi un commento ] [ Nessun commento ]

# Postato lunedì 07 luglio 2008 11:49

Arriba Uribe

Relevé sur le net, la phrase suivante imputée à George W. Bush: "Uribe est un fils de pute. Mais c'est notre fils de pute."

Ne comptez pas sur moi pour disserter sur les origines bâtardes ou nobles du président colombien. Mais plutôt sur le sens de cette phrase, à l'heure où le caudillo de Bogota est fêté par tout dans le monde pour son rôle dans la libération d'Ingrid Bétancourt. Alvaro Uribe, homme dont le regard vengeur est dissimulé par ses petites lunettes, se voit ainsi taxé de marionnette par son principal soutien. Or, que nous a-t-on dit dans ce qui a précédé la libération de l'otage franco-colombienne, les colombiens ont agi seul, car ils sont très jaloux de leur souveraineté.

Libération révélait que des barbouzes américaines et israéliennes ont participé à l'opération ayant conduit à l'extraction de la jungle colombienne d'Ingrid et de ses camarades d'infortune. Uribe et son armée n'ont donc pas agi seul à en croire les avis des experts en matière de sécurité et de coups tordus. La Radio Suisse Romande alléguait de son côté, qu'une rançon dont le montant plafonnerait à vingt millions de dollars, aurait été versée au FARCS en l'échange des otages. Qui croire dans tout ça?

Ingrid Betancourt, dont l'image a été mystifiée par ses soutiens, a selon ses termes été libeée par "la grâce de Dieu". Récapitulons, colombiens, américains, israéliens, diplomates français et suisses et maintenant Dieu, on y voit peu clair pour déterminer qui est le véritable responsable de cette opération.
Il est vraissemblable qu'à court terme, on privélégie la thèse de la main de Dieu, thèse qui après tout arrange tout le monde, car d'ici là à ce que ce dernier donne une interview à un média quelconque pour expliquer son rôle dans cette affaire, il s'écoulera un certain temps.

Saint Ingrid est donc libre, et peut à nouveau serrer dans ses bras, Mélanie et Lorenzo, ses deux loupiots. C'est tout ce qu'on pouvait lui souhaiter, au vu de la condition précaire qu'elle a subie dans la moauteur de la jungle colombienne ces six dernières années.

Il n'en reste pas moins, que le président Colombien va sortir renforcé de cette épreuve. Que désormais, on saura un peu moins sourcilleux lorsque ce dernier emploiera la manière forte pour débusquer de la jungle les derniers membres d'une guerrilla en pleine perdition. Et que l'on fera même impasse sur les liens que l'hôte du palais présidentiel de Bogota, a pu avoir avec les organisations paramilitaires ou les Cartels de la drogue de Colombie.

Car, on a oublié une chose dans cette affaire. L'arrière plan politique, la situation, l'histoire de la Colombie, qui ont amené ce pays à se déchirer durant plusieurs décennies. Uribe n'est pas un saint. Loin de moi, l'idée de défendre les FARCS, qui portent leur part de responsabilité évidente dans le terrible sort que subit cette contrée, en se livrant à la violence, à un juteux et meurtrier trafic de drogue, et à la crapulerie. Mais Uribe fut soupçonné d'entretenir les meilleures relations avec les barons de la drogue de Colombie. Des soupçons infondés pour ce dernier, qui avouait avoir les chevaux comme seules passions communes avec ces gredins de la pire espèce. On y croit tous, un peu comme lorsque Pierre Laval argua à son procès qu'il n'avait que Wagner et la bière alsacienne, comme raisons de proximité avec les Nazis.

Philippe Cohen, de l'hebdomadaire Marianne, fit un papier intelligent au lendemain de la libération d'Ingrid, où il regrettait qu'on ne veuille pas parler de "politique" et de la complexité relativement hardue de cette affaire.
L'information noyée dans le spectacle encore une fois. Celui d'un Sarkozy voulant faire croire au Monde entier qu'il avait sa responsabilité dans cette libération, espérant cyniquement remonter dans des sondages lui étant défavorables. Car, récupération, il y aura, et la vérité se heurtera comme toujours face au mur de la "raison d'état".

Il n'y a plus qu'à espérer qu'Uribe ne profite pas de l'occasion, même s'il est trop tard, pour se présenter comme un saint homme. Et qu'un jour la Colombie puisse se débarasser de toutes les vermines qui empoisonnent son quotidien et ses enfants, qu'ils soient narqutraficants d'obédiance guévariste ou fascisante.


[ Aggiungi un commento ] [ Nessun commento ]

# Postato sabato 05 luglio 2008 10:06

Gimme Shelter

C'était beau comme dans un film de Scorcese.

La nuit enveloppait la capitale de son manteau sombre, et la rue Oberkampf était fréquentée par une population diverse.

Soudain, avant d'arriver sur la place de Ménilmontant, une bagarre éclate, pour un motif évidemment dérisoire.

Deux types à casquette et à survêt se jettent sur un autre, et le trottoir devient le lieu d'un affrontement épique. Quelques badauds tentent de séparer les trois belligérants, mais rien à faire ces derniers ont envie d'en découdre. L'un des deux encasquettés, se saisit d'une bouteille et lance avec force sur le jeune type tentant de fuir, qui au passage donne sans le faire exprès un coup de coude viril à quelqu'un voulant assurer sa défense.

Beau comme dans un film de Scorcese, la lumière orangée des spots, les bouteilles qui viennent s'écraser avec fracas sur le trottoir, les insultes qui fusent, en français certes, mais avec violence et classe.

-C'est à moi que tu parles, c'est à moi que tu parles...
-Sale fils de pute, je vais t'embrocher...
-Essaie un peu, sale merdeux...


Assistant à la scène, j'avais l'impression de la filmer avec mes yeux, façon caméra à l'épaule, comme pour renforcer l'atmosphère épileptique et violente de la baston. Je tournai pour Scorcese, sans le savoir, en fond sonore, j'avais "Gimmie Shelter" des Stones, chanson présente dans trois de ses films, que sont "Casino", "les Affranchis" et les "Infiltrés". Une de mes chansons préférées, je crois, moultes fois reprises au cinéma, que j'aime pour la ligne de guitare de Keith Richards, et pour la nana qu'on entend s'égosiller dans le refrain.

"Gimme Shelter", donne moi un abris, je traduis pour ceux qui n'auraient pas la chance de comprendre un tant soit peu la langue de Shaekspaere. C'est une chanson qui colle bien pour une atmosphère de baston, par son rythme, et son propos.

Quand j'y pense, une caméra entre les mains ce soir-là, et je supplantais tous mes maîtres en manière cinématographique, les Jacques Audiard, les Brian de Palma, les Tarantino et autre Scorcese. Tout était parfait, le rythme des participants à l'échaufourrée, l'éclairage, la présence des figurants, et dans le césar du meilleur second rôle la bouteille de vodka, bien sûr, pour sa composition étincelante et sanguinolante.

Magnfique, Paris. Je me rends compte, avec l'été, cette chaleur pesante et toute la viande saoûle qui peut déambuler dans les rues le soir, qu'un rien peut déclencher un incident.
En ce moment, c'est magique, consultez la rubrique faits divers du parisien, et vous verrez que les malfaisants rivalisent d'ingéniosité pour se foutre sur la gueule entre eux.

J'ai beau être respecteux de l'espèce humaine, par mon éducation, que j'ai tout de même envie certains jours, de devenir l'inspecteur Harry, dit "le Charognard". On va me dire, que je perçois la réalité comme au cinéma, que je perçois rien au final, mais pensez-y un peu, sinistres incultes qui me lisez, la formidable perspective de n'être rien qu'un jour dans sa vie comme Dirty Harry. Droit de faire feu sur tout ce qui bouge, et de jouer au sadique avec tous les empoisonneurs du quotidien, que sont petites frappes, bobos branchés, canailles antisémites ou islamophobes, radasses en Vélib'...

Retour à la réalité. Please gimme a shelter!

# Postato mercoledì 02 luglio 2008 07:09

Sermon du week end (bis)

Que ça soit sur Youtube ou Dailymotion, c'est toujours la même chose. Je tape "Un singe en Hiver" pour visionner des extraits du film d'Henri Verneuil aux dialogues signés par Michel Audiard. Et dans les résultats de la recherche, s'affichent en premier lieu les clips d'une chanson d'Indochine, la plupart du temps réalisés par des fans qui ont des difficultés à se servir d'une caméra.

La chanson "Un singe en hiver" figurant sur l'album Paradise d'Indochine est agréable à l'écoute. Une prouesse réalisée par Nicolas Sirkis & Co, sur des paroles du barde auvergnat Jean-Louis Murat. Je crois bien que c'est le seul morceau du groupe avec l'Aventurier (Bob Morane pour les ignards) que je peux écouter et chantonner, tant le reste de leur discographie est d'une indigence poussée à l'extrême.

Indochine c'est pas si nul, le plus gros défaut de ce groupe s'incarne dans ses fans. Des gothiques avec des rats sur l'épaule, des suicidaires en puissance, enfin plutôt des minettes qui tentent de s'ouvrir les veines avec un couteau à beurre. Des filles qui se cherchent, pas sûrs d'être lesbiennes, mal maquillés et fringués comme des sacs poubelles, dans leur espèce de grande cape en skaï. Tableau de fan incomplet, il n'y a pas que des idiots, il y a aussi des gens honnêtes qui aiment ce groupe, mais comme tous les gens honnêtes, ils ont aussi leurs faiblesses.


Revenons à Michel Audiard, et à ce film de 1962, avec Gabin et Belmondo. Adapté d'un roman d'Antoine Blondin, cette oeuvre est une ode à l'alcoolisme. Pas la cuite bas de gamme, comme la pratique les fans d'Indochine, mais à l'éthylisme lyrique. Comment cela se traduit, me demanderez-vous, bande de buveurs d'eau ? Le goût de la nostalgie, et des voyages, dans des contrées magnifiques, qui alimentent les fantasmes les plus sensuels. L'Indochine, et son fleuve jaune, le Yang Sé Kiang, Madrid, et la Puerta del Sol, évoqués autour d'une bonne bouteille de Beaujolais, ou d'un verre de Calva, ça a pas des allures lyriques, peut-être?

Je me délecte de ces images, où le vieux Gabin, narre comment en Chine, à l'arrivée de l'Hiver, les autochtones conduisent les petits singes traînant dans les villes, dans les trains allant vers la montagne, car ces populations croyant que les singes ont une âme, s'efforcent de les aider à retrouver leur famille.

Et c'est là, que je me pose une question. Le fan d'Indochine (le groupe) suceptible de tomber devant ces vidéos, comment peut-il réagir? Peut-il être sensible à la verve d'Audiard, au jeu fou de Belmondo, et à la mélancolie profonde qui habite les personnages du film? Sans doute, préfèrera-t-il, s'extasier devant Requiem for a Dream, film de toute une génération, preuve qu'elle ne vaut pas grand chose, et qu'on a rien à espérer d'elle.

C'est ça notre malheur. Nous sommes cernés, par les lecteurs de Public et Closer, au voyeurisme facile, et totalement étrangers à toute forme de poésie, de lyrisme, et de délicatesse. Nous sommes cernés, comme mes yeux à l'heure où j'écris, par des crétins préférant perdre leur âme et fondre leur identité dans un groupe où ils auront tout loisir d'être bizutés à outrance.


Pourquoi ce propos décousu aujourd'hui? Parce que j'essaie de trouver en quoi cette génération dont je fais partie peut-elle être considérée de manière positive.
Les générations qui nous ont précédés, portaient en elle une violence terrible, un conformisme glaçant, ou des utopies désuètes, mais avaient au moins des idées et de la contenance. La nôtre, à l'heure des boulversements climatiques et sociaux laissant présager des catastrophes sans précédent mais rigolotes, a tout à réinventer. Le cherche-t-elle vraiment? Ne n'est elle pas déjà diluée dans le consumérisme le plus abject et la fatalité devant le sort du monde?

Rêves de carrière et d'argent faciles, et après? Le déluge?

C'est pourquoi je vous invite, à effectuer une véritable mission civilisatrice auprès des brebis égarés!

Repeignons le monde, et donnons lui une couleur tendre! On va installer le printemps sur cette planète de merde!

[ Aggiungi un commento ] [ Nessun commento ]

# Postato sabato 28 giugno 2008 08:55

20-1

20-1
Tu croyais habiter dans un quartier calme, où les communautés cohabitent pacifiquement entre elles.

La fenêtre de ta chambre donne sur un parc, c'est agréable l'été, au saut du lit de sortir sur le balcon et d'entendre tousser les oiseaux.

Tu t'es trompé, pauvre bille. Il est vrai que ton parc, bucolique et romantique à souhait peut évoquer une production, style Blanche-neige et les sept Sarko nains. On y voit les amoureux se déposer maints baisers à la belle saison, les oiseaux copuler dans les arbres, et les enfants courir dans l'herbe avec dans les yeux l'insouciance inhérente à l'âge où la surface du corps n'est pas recouverte de poils.

Erreur fatale, l'ami. Tu te pensais chez Disney, mais au bout du compte tu vis dans la Cité de Dieu.

Rappel des faits:

Il y a deux mois, sous mes fenêtres, une grand mère se retrouvait avec un couteau de boucher en plein sternum, après avoir refusé de donner son sac de retraité à une espèce de petite frappe au courage prononcé.
Le tout en plein après-midi, la sous-merde en survêt et baskets n'a pas attendu que la nuit tombe pour commettre son forfait.

Samedi soir dernier, c'est rue Petit, située à quelques minutes de mon domicile, que s'est produite une agression antisémite particulièrement violente, un lynchage avec bar de fer inclus, contre un jeune de dix sept printemps. Là encore, on peut dire que c'est bien une certaine idée du courage qui guide les trous du cul à agir de la sorte.

Une favela, mon tier-quart, avec de l'hémoglobine sur l'asphalte, des petites frappes agissant dans l'ombre, et des bagarres à caractère ethnico-religieux, dont les médias et les gens mal intentionnés sont si friands.
Et je ne mentionne pas les voitures calcinées rue Fessart! Au mois de Mars dernier, une rangée de bagnoles stationnées à un mètre d'immeuble prit feu, et il s'en fallut de peu que l'incendie ne se propagea contre les fenêtres des appartements situés juste à côté. La façade calcinée du lotissement porte encore les stigmates du feu, et révèle au chaland qui vient essuyer ses chaussures dans le quartier, qu'il vient de pénétrer dans une zone foutrement sensible.

Oui, pauvre bille, toi qui voulais de l'adrénaline, et de la matière réelle pour composer tes fictions noires, te voilà servi. Pas besoin d'aller respirer l'air d'Aubervilliers ou de Villiers le Bel pour te retrouver dans ce que l'on appele "une zone de non-droit". Sors de chez toi, et tu as un condensé de violence ordinaire. Larcins, rondes de flics incessantes, arrestations d'enfants sans papiers avec usage de bombe lacrymogène (au cas où les lardons dans les poussettes manifesteraient leur désaccord avec la politique d'immigration d'herr Hortefeux), bagnoles cramées, dealers de came, escrocs en tout genre, vous êtes gentils, messieurs les Rappeurs, mais vous n'avez pas le monopole du chaos sous vos fenêtres!

Ah, c'est sûr, heureusement qu'il y a des bobos friqués à la niaiserie affichée, pour tempérer un peu l'ambiance délétère qui règne dans cet arrondissement. Quoique, on m'a signalé, il y a quelques jours, que ces personnages prospères en pantalon de lin, en seraient venus à s'affronter à la sortie d'un Sushi West de l'avenue de la Porte Chaumont. Le motif de la discorde portait sur le dernier David Lynch, que certains honnissaient tandis que les autres en faisaient grand cas. Bref, plus rien ne va entre ces murs, ça sent le souffre, on entend les balles siffler de nos appartements, et nos fiers flics sont débordés. La cocotte minute ne demande qu'à exploser, et bientôt ce quartier sera classé au hit-parade des zones sensibles.

Plus sérieusement, on peut regretter que dans Paname comme ailleurs, le communautarisme, et l'appât du gain, fassent régner leurs impitoyables lois. On n'est pas encore dans GTA IV, mais force est de constater que l'américanisation de la société française dans son expression la plus violente, symbolisée entre autres par la présence de Sarko Montana à l'Elysée, est plus que déplorable, quand on sait que ce que ce qui faisait la force de ce quartier populaire était la solidarité entre ses habitants quelque soit leurs origines.




[ Aggiungi un commento ] [ Nessun commento ]

# Postato martedì 24 giugno 2008 05:56